Je viens de terminer un pâté donné par ma seconde mère, décédée une nuit, depuis. Elle me l'avait donné Noël dernier. Elle avait la main verte et ensemençait des jardins partout. N'ayant pas eu d'enfant, peut-être ces plantes l'étaient. Je n'ai pas pu aller à son enterrement et peut-être lui dois-je cet amour pour les végétaux. C'était une personne toujours bienveillante et qui me manque terriblement. La dernière fois que je la vis elle me dit "Reviens vite!" et je ne suis pas revenu à temps. Une nuit je révais/cauchemardais et la vit sur un lit me disant "je t'aime", cela me réveilla. Le lendemain matin on me téléphone pour me dire qu'elle est morte. "Quand au moins une personne se souvient de son nom, la personne existe", dit le sage. Alors sois en paix, Marthe. MarcChagall.
Avec Péter Esterházy, un passage vers le chaos. « Donc, au commencement, fut Chaos, et puis la Terre au vaste sein, siège inébranlable de tous les immortels qui habitent les sommets du neigeux Olympe, et le Tartare sombre dans les profondeurs de la vaste terre, et puis Amour, le plus beau des immortels, qui baigne de sa langueur et les dieux et les hommes, dompte les cœurs et triomphe des plus sages vouloirs. De Chaos naquirent l'Érèbe et la sombre Nuit. De la Nuit, l'Éther et le Jour naquirent, fruits des amours avec l'Érèbe. À son tour, Gaïa engendra d'abord son égal en grandeur, le Ciel étoilé qui devait la couvrir de sa voûte étoilée et servir de demeure éternelle aux Dieux bienheureux. Puis elle engendra les hautes Montagnes, retraites des divines nymphes cachées dans leurs vallées heureuses. Sans l'aide d'Amour, elle produisit la Mer au sein stérile, aux flots furieux qui s'agitent. » (Hésiode). Quand je marche dans la rue, plutôt au milieu de la rue, je préfère :-) le mouvement brownien des gens. Par cette vue, les rapports avec mes proches sont simplifiés. Peu importe la distance ou la fréquence des rapports. Si une relation se renoue, c'est comme si elle s'était interrompue la veille. J'ai ainsi une amie d'enfance (ou de de berceau devrais-je plutôt dire!) qui quand je la revoie est aussi proche avec moi que nous l'avions été étant gosse. Je vois bien que cela pose au début quelques interrogations à ses concubins mais c'est vraiment rigolo. Je ne comprends pas ce délire qu'il serait compliqué une amitié entre homme et femme. Mais peut-être est-ce mon amour pour l'humour et le chaos qui s'exprime ainsi :-)
Un oiseau chante au dessus de la cour. C'est le seul "bruit" que l'on entend ici. Un bruit charmant. Comment en plein centre de la ville, à coté d'un boulevard on peut avoir une telle qualité de silence, cela me réjouit. Pensant à la musique je pense au silence. Le silence est nécessaire, il permet à l'esprit de voguer librement et chaque fois que je retourne à Marquay, je reviens à ces longues balades nocturnes dans les bois. Seulement entendre le vent bouger les arbres, divers animaux suivre leur passage... et cette paix. Mais j'aime ma ville, pour sa douceur, la simple, facile proximité entre les êtres. Claude Nougaro - Toulouse, une chanson autobiographique exécutée en plein centre ville, lors d'un concert gratuit, devant une foule partageant tout à fait cet amour qu'il évoque ici.
Dans l'épicerie d'à coté une effigie d'Indiana Jones. J'essaie de la récupérer mais elle a déjà été promise à un enfant :-) Encore un passage chez D. Tobio, potière frisée et grisonnante dont la devanture du magasin m'attire à chaque passage. Ma soeur au téléphone qui m'enjoint encore de passer la voir en Dordogne. Mes connexions nocturnes avec les USA, l'inde ou le japon, mes échanges charmants avec une personne en Israël. Il est difficile de jongler avec cette territorialité mais dès que H. Frystyck en 1992, m'envoya du CERN le 'draft' de HTTP 0.9, j'ai compris qu'une étrangeté allait arriver. Derechef, j'allais, idiot, proposer à quantité d'entreprises et d'administrations ce nouveau medium. On me regarda avec fatigue, comme un hurluberlu, un doux rêveur, un utopiste imbécile. Et pourtant maintenant, émergence de dialogues inter-continentaux, inter-culturels autant qu'avec la voisine d'en dessous avec qui je dialogue parfois par mail ou SMS :-). Cette étrange fracturation des distances, dont j'ai malgres tout l'impression que nous vivons sur le fil de la lame. Il me semble qu'actuellement le monde est sur le point de basculer. Alors je rêve partir sur un bateau vers un autre continent. Sentir cette distance, le temps du voyage. Et comme pour illustrer la distance, donc le temps, cette superbe chanson tchèque, avec une actrice incroyablement sexy (surtout pour l'époque). Vidéo fournie par une personne que je remercie ici. Jezek - Esope et une fourmi
J'ai toujours été attiré par des choses différentes. A l'école, à l'université je lisais des revues, ouvrages connexe à l'enseignement. Je dormais beaucoup en cours, regardant parfois beaucoup plus les oiseaux dehors ou le pré d'à coté. C'était la plupart du temps d'un ennui monstre. Puis je vois bien avec des amis ou mes parents, je passe pour un espèce d'extraterrestre. Mais finalement je m'en fout, j'ai appris une chose : vivre et laisser vivre. Dès ce moment là tout a basculé. Alors que satisfait de cette posture je ne demandais rien à personne les gens sont plus proches de moi, m'abordent facilement. Est-ce parce que j'aime autant la musique, l'art que la physique quantique, la biologie moléculaire, la théorie de l'information ou le génie informatique? Il existe par exemple dans le génie informatique des trésors de créativité (il y a de la récursivité ou pas etc.). Je reconnais ainsi le code de chacun, il y a trace d'un caractère, d'une personnalité. Une trace typiquement poétique. Un jour, discutant avec une personne elle me dit vous êtes bien intégré, et pourtant vous êtes toujours à coté. Bafouillant, ne m'attendant pas à une telle parole je répondis que je ne le faisais pas exprès. A la réflexion, j'en suis fier. Mais le vénérable Albert Jacquard en parle bien mieux que moi : Éloge de la différence.