dimanche 15 juin 2008

Traité des cinq roues

Un bordel pas possible, il est tard ou tôt, cela dépends comme on le voit. Grosse fête à coté. Ils m'ont invité et j'y suis passé mais je préfère écouter la radio en finissant de relire 'le fusil de chasse' de Yasushi Inoué. La voisine d'en dessous monte pour gueuler après le bruit qu'ils font.
Je ne comprends pas cette attitude. Dans ce cas il me semble bien plus efficace d'aller simplement expliquer en quoi le bruit gène et généralement le message passe, sans violences.
Un soir, fatigué, arrivant de la gare chargé d'un lourd sac, un groupe de jeunes bien imbibés se mit en face de moi. Je continuais d'avancer comme l'indique le 'traité des cinq roues' de Miyamoto Musashi et entrai calme et détendu dans la zone de discrétion de cette personne. La distance d'un demi-bras, qui ne permet pas de porter un coup efficace. Il s'effaça et je continuais mon chemin.
Un soir une amie vint me voir un soir terrorisée, elle s'était fait agresser par un homme et était restée paralysée. C'est pourtant une personne forte et intelligente mais la violence l'avait tétanisée.
Une aimable personne me dit "Je suis une personne tres (trop?) reflective (meme si de temps en temps je suis capable d'eclater impulsivement de gaiete ou d'enervement)".
Et bien moi je suis une personne avec des antennes. J'ai l'impression que plus le danger grandit plus je deviens froid et calculateur à l'intérieur. Moins le danger me semble présent, plus je suis désinvolte voire lunatique. Un soir, passant dans la rue, en face du 'café populaire' deux hommes se battent et ce qui me désole c'est que les gens autour regardent et ne font rien à la vue de ces deux misérables. Je les sépare, me prenant quelques coups au passage. Finalement ils se calment et je continue mon chemin. Rien d'héroïque là dedans, juste une terrible haine pour la violence.
Pourtant je sais bien que j'en suis capable, dans les actes, par mon attitude ou mes mots. Je ne sais qui a dit "la violence est le refuge de l'incompétence". D'un autre coté il me faut bien être réaliste, dès que je perçois une agression potentielle je me dédouble. Dans une posture quasi schizophrénique j'offre à l'extérieur une façade cordiale, à l'intérieur se déchaînent des forces visant à l'annihilation pure et simple de l'autre. Il me faut toujours calmer ces pulsions. Je les garde, elles sont ma protection. Ainsi il m'est apparu que pour agir dans la non-violence il faut consciemment être capable de violence.
Le bruit a enfin cessé et je m'interroge sur les mots d'Hila. Plusieurs fois elle m'a dit qu'elle passait instantanément d'un état d'euphorie à la pire acrimonie. Ça c'est bien, il me semble, du moment qu'une telle violence ne se projette pas vers les autres ou soi-même. Cette violence là est féconde, source de créativité, mémoire de l'enfance ce 'pervers polymorphe' que tous nous étions, une porte vers l'émotion.
Et le bordel d'à coté recommence, mais bon, ça fait tellement plaisir de voir des gens qui se font plaisir...
Et la musique et le texte qui va bien, le clip n'est pas top même s'il est explicite "Aidez les artistes - achetez le CD original" :
Vanessa da Mata e Ben Harper - good luck

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